Publié le 26 février 2022623 mots3,2 minutes

Ce pantin articulé est un jouet traditionnel en bois que l’on retrouve, dès la fin du XIXème siècle sous différentes variantes de formes et de personnages. Il se présente généralement comme un jouet à tenir à la main, sans support. 

Connaissez vous l’histoire de Bazile ? 

Cet acrobate porte, malgré lui, une mémoire toute particulière, car il met en lumière l’histoire sombre de l’annexion de la Moselle lors de la seconde guerre mondiale. 

Arrachés d’Ukraine et de Pologne, les travailleurs forcés du pays de Bitche fabriquaient ce jouet et le troquaient contre du schnaps ou de la nourriture. 

C’est ainsi que cet acrobate, dans une version plus brute, a été retrouvé dans un grenier et conduit en réparation à la boutique du père Michel qui s’en est inspiré pour le faire revivre et au final ne pas oublier.

 

 

Arrêt sur image sur un passé méconnu, un passé refoulé

En 1940, la Moselle et l’Alsace sont annexées une seconde fois, de facto, au Troisième Reich. La nazification de ce territoire s’accompagne de la mise en place d’un système de répression fort : des camps de rééducation par le travail, des camps de redressement, des camps de travail « accueillent » les opposants au Reich. L’incorporation de force dans l’armée allemande contraint par exemple des milliers d’alsaciens et de mosellans à servir le régime nazi. Depuis quelques années seulement, les témoignages et les regards d’historien réveillent la mémoire des « malgré nous ».

Les camps de prisonniers de guerre et des travailleurs forcés sont souvent relayés au second plan de cette sombre histoire de la Moselle. Les prisonniers de guerre Russes en provenance du front de l’Est, les prisonniers polonais, ukrainiens raflés dans les villages, sont débarqués en Moselle et répartis dans un réseau de plus de 250 camps en Moselle*. Considérés comme des « Untermenschen » – sous-hommes, ces prisonniers étaient la main d’œuvre idéale au financement de la guerre. Aussi ces camps étaient savamment installés au plus près des besoins de l’économie allemande : mines de fer et de charbon, usines sidérurgiques, fermes, usines militaires, activités mécaniques, services, infrastructures…

Camp de travailleurs forcés ou camp de prisonniers de guerre, les conditions de détention étaient inhumaines. Bilan ? 70 000 détenus, 300 000 passages, 25 000 morts sur le seul site de Ban Saint Jean, …on se contente finalement d’évoquer les « milliers » de victimes de ces camps car aucun historien n’arrive à conclure sur le nombre de détenus ou encore le nombre de morts dans ces camps. Sur les 250 camps recensés, seulement une cinquantaine a été fouillée, mettant à jour charniers et fosses communes.

Ne pas oublier

Désormais, le temps des témoins s’épuise, leur voix s’éteignent, nous rendant ainsi passeur de cette mémoire. Faire revivre un jouet, troqué pour un peu d’humanité, est une manière de transmettre cette histoire et ne jamais oublier. 

*Le Républicain Lorrain en a d’ailleurs fait en 2021 un article Long Format, très bien documenté, à l’occasion d’un projet d’implantation d’éoliennes sur le site du Ban Saint Jean (Moselle – 57), épicentre du réseau des camps de prisonniers de guerre en Moselle de 1941 à 1944.

https://c.republicain-lorrain.fr/magazine-tourisme-et-patrimoine/2021/02/21/prisonniers-de-guerre-en-moselle-le-tragique-heritage-du-camp-nazi-du-ban-saint-jean

Pour aller plus loin :

Les camps de prisonniers de guerre en Moselle (1940 – 1948) : Philippe Wilmouth.

 Editions Alain Sutton

 

Trous de mémoire, prisonniers de guerre et travailleurs forcés en Moselle (1940 – 1944) : Christine Leclercq, Alexandre Méaux, Cédric Neveu, Olivier Jarrige.

 Editions Serpenoise

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